lundi, 29 août 2005

Le Moyen-Âge

On définit par convention le Moyen-Âge comme la période qui s’étend de la chute de l’empire romain d’Occident (476 après JC) à la découverte de l’Amérique (1492), ou bien, selon certains, à la fin de l’empire romain d’Orient (1453). On a par le passé trop rapidement jugé cette période de façon négative, au point d'en faire une époque de décadence morale, culturelle et artistique. La faute (s’il faut parler de faute) en revient à qui a rejeté en bloc son passé proche, se trouvant comme honteux de ses racines. On reconnaît aujourd’hui au Moyen-Âge un rôle rien moins que négligeable dans le développement de l’esprit humain. On songe à la ferveur religieuse et politique de cette époque : une succession d’ordres religieux, un réveil de la conscience internationale. Mais ce n’est pas là le seul point positif : la fusion de tant de peuples divers jeta peut-être les bases du développement de l’époque moderne. Au moins conserva-t-il, quand même affaiblies, celles de l’ère précédente. D’une attitude d'abord négative, on est donc passé de façon décisive à une attitude plus favorable. Et du tohu-bohu des clochers qui le caractérise se détachent d’importantes figures qui marquèrent l’histoire : saint Benoît, Charlemagne, Grégoire le grand, Grégoire VII, saint Bernard, saint François, saint Dominique, saint Bruno, Frédéric II, Dante, Pétrarque, Boccace, Giotto, etc.


À y bien regarder, le Moyen-Âge dura trop longtemps pour n’avoir pu être une période féconde en innovations, tant sur le plan politique, culturel que spirituel. C’est le méjuger qu’en donner un jugement rapide et sec. Dans un premier temps, précédant l’an mille ou à cheval sur celui-ci, quand persistante encore était l’empreinte romaine, le monachisme occidental s’organisa et se régla, les Arabes influencèrent tout le bassin méditerranéen et le pouvoir passa vers l’Europe centrale et septentrionale. Par la suite, et presque par hasard, le mouvement des croisades prit la dimension de phénomène d’opinion européen, un phénomène qui s’étendit bien au-delà de leur cadre historique et qui conduisit les consciences et les esprits, souvent avec de grands tourments, vers une renaissance de la spiritualité et de l’activisme européen. Il ne faut que mentionner les nouvelles organisations monastiques (cisterciens, franciscains, chartreux, camaldules…), les ordres militaro-monastiques (les hospitaliers de Saint-Jean, les Templiers, l’ordre Teutonique, l’ordre de Calvatra…), les grands saints, les empereurs d’intelligence internationale, les grands artistes, l’engagement social, les autonomies communales, etc. L’épidémie de peste survenue au milieu du XIIIe siècle freina en partie cette ferveur de renouvellement, de renaissance, de créativité, d’élan urbanistique. (Pour être précis, cette épidémie, que Boccace décrivit magistralement dans le Decameron, se déclara en Europe en 1348.)

dimanche, 24 juillet 2005

Le sens d'un voyage (2)

Le symbolisme


« Le symbolisme n’est pas la logique… La symbologie n’est pas la géométrie, bien qu’elle partage avec elle quelques points communs… C’est plutôt une pulsion vitale, une connaissance instinctive, l’expérience de la totalité faite par l’individu qui naît au drame de lui-même par, concurremment, le jeu complexe et incalculable des innombrables fils qui trament son devenir et celui de l’univers dont il est partie prenante et dont il tire la matière de tout son savoir. »

Lire par symbolismes signifie donc « retrouver cette attitude de spontanéité expérimentale, cette innocence, cet état original qui caractérise le primitif contemplatif dont les yeux écarquillés mettent en communication deux mondes naturels battant au même rythme : son monde intérieur et le monde extérieur. »

Le Jardin de l’esprit est par antonomase le Jardin symbolique. Il s’agit d’un jardin idéal où les plantes, les formes, les nombres, etc., expriment des idées latentes de science, de religion, d’histoire et de mythe. Le professeur Giuseppe Calzoni, en introduction à la première édition du guide du potager médiéval, écrivait : « Il se tromperait celui-là qui attendrait de la rencontre avec le jardin historique une expérience étroitement réglée sur une scansion logique ou chronologique d’événements : le temps remplit ici un rôle moins apparent, bien que toujours essentiel, alors que symbolismes, langages mystérieux et cryptés, harmonies numériques et vertus secrètes prennent corps. Et, dans cette dimension particulière, par son essor de la terre vers le ciel, l’arbre peut s’identifier à l’homme, il peut représenter le péché originel de superbe, devenir l’instrument de la mort à fin de rédemption ou prendre tour à tour des significations de vie, de perfection, de mort, de fécondité, de gloire et de sacralité. D’arcanes architectonies accompagnent dans le potager l’écoulement d’eaux purificatrices ; la proportion que Luca Pacioli appelait divine, parce qu’une, ternaire, quintessentielle et incommensurable aux autres nombres finis, règle l’entrelacs des aires selon des canons de beauté harmonique déjà connus des Grecs alors que surviennent les plantes astrales appariées aux signes du zodiaque, les pierres rares, les herbes merveilleuses dont on extrait les simples ainsi que celles quotidiennement présentes sur nos tables comme aliments de base ou compléments aromatiques. »

Le potager médiéval représente la tentative d’exprimer ces idées par le truchement de la végétation. C’est pourquoi il est une structure atypique au regard de la conception habituelle du jardin : il doit nécessairement être « lu » pour être interprété. L’on redécouvre ici pour une bonne part la signification primitive du potager monastique, étant donné que le Moyen-Âge fut une période historique empreinte de religiosité jusque dans la routine quotidienne. Aussi trouve-t-il historiquement sa correspondance dans l’hortus conclusus des monastères : un jardin circonscrit, reclus dans une frontière de murs, qui parfois, en plus d’être une structure de subsistance abondante en fruits et en remèdes (pour peu qu’il soit discrètement entretenu, selon la parole biblique : « tu vivras à la sueur de ton front »), pouvait s’élever à la représentation miniature et symbolique du jardin des jardins, le Paradis terrestre.

Ainsi, quoique ne s’écartant pas de certains principes canoniques de l’architecture verte, le Jardin de l’esprit, en s’incorporant des éléments étrangers au jardin classique – éléments toutefois liés à l’esprit et à l’activité des hommes de l’époque -, réalise en tirant avantage d’une structure existante le concept de jardin monastique médiéval.

samedi, 23 juillet 2005

Note 3

De Champeaux G., Sterckx S., I simboli des Medioevo. Ed. Ital. trad Girardi M., Jaca Book, Milano 1992.

dimanche, 10 juillet 2005

Le sens d'un voyage (1)

Ainsi la recréation du potager médiéval peut-elle constituer une raison plus que suffisante pour accompagner le lecteur bénévole dans un voyage réel en quête des éléments architectoniques sur lesquels le jardin est fondé et qu'il met en évidence. Cependant, en raison de sa nature symbolique, de la vis que les symboles cèlent (formes, images, lignes, dimensions, lieu, nombres, séries, etc. prennent des valeurs bien plus profondes et secrètes que celles des apparences), bien plus exaltant est pour le lecteur le voyage idéal qu'il peut entreprendre, même si compris dans des bornes historiques précises. L'objectif est multiple : identifier les origines culturelles de la conception médiévale de la nature, rechercher les causes de la domestication des plantes à des fins non uniquement alimentaires, découvrir les "leviers spirituels" de l'homme du Moyen-Âge et, indirectement, par son truchement, le monde végétal qui l'entourait.

Au Moyen-Âge, le monde était exprimé dans un langage fortement représentatif : la réalité du monde créé, c'est à dire les images, les dimensions, les formes, étaient des moyens d'exprimer la transcendance. La richesse et la complexité des symboles était aussi remarquable parce que la conception du macrocosme et du microcosme prenait racine dans la foi. Une image, un être vivant, un objet, une oeuvre d'art devenaient symboles lorsqu'ils contenaient des codes de lectures qui ne se référaient pas aux apparences. Cela signifie que tout alentour de l'homme du Moyen-Âge était susceptible d'être symbolique, tout était empreint de symbolismes, même s'ils échappaient pour la plupart aux sens. Aux sens, non pas à la sensibilité, à l'interprétation spirituelle et religieuse. - Et voici mis en lumière le rapport de l'homme du Moyen-Âge avec l'art religieux, l'artiste qui puise ad abundantiam dans le monde animal et végétal. La culture et la mentalité de l'homme du Moyen-Âge étaient imbus de symbolismes, employés ad hoc, et ce même s'ils ressortaient au mythe ou à d'autres religions que la chrétienne.

mercredi, 29 juin 2005

Avant-scène : la naissance d’une idée, l’importance historique d’un site, la création du potager médiéval (3)

Chronique d’un avènement


Au mois de juin 1995, je proposai au recteur de l’université de Pérouse, le professeur Giuseppe Calzoni, l’idée de réaménager en jardin historique une zone intra muros attenante à l’abbaye bénédictine de S. Pietro. Le recteur accueillit l’idée favorablement et me pria de présenter un projet au conseil d’administration. Investi de la question, le conseil du département de biologie végétale donna le 3 juillet 1995 un avis favorable. La même demande fut renouvelée devant la présidence de la faculté agricole qui s’apprêtait à célébrer son premier centenaire et, le 21 septembre 1995, le comité organisateur de ce centenaire la considéra « digne de la plus grande attention ».

Le 9 janvier 1996, le projet fut de nouveau soumis au conseil d’administration qui, le 23, après examen de la seconde commission, donna son aval avec la décision d’en assumer entièrement la charge financière. L’idée de l’auteur prenait forme ; une idée dont il dirigea également la réalisation. À la fin du mois de mars commencèrent l’aplanissement et l’aménagement du terrain, la répartition des plates-bandes, la normalisation de l’implantation hydraulique et électrique et enfin l’enfouissage des graines des arbres et des plantes.

Le potager médiéval fut officiellement inauguré le 28 septembre 1996 dans le grand amphithéâtre de la faculté agricole – jadis réfectoire du monastère bénédictin – en présence d’un grand nombre de personnalités académiques, civiles et religieuses de Pérouse et d’une foule en tel nombre qu’elle n'y put tenir.

La mise en scène de la manifestation fut préparée dans ses moindres détails. La cérémonie fut ponctuée d’interludes de grand effet scénique : une délégation d’étudiants costumés offrit au grand recteur des petites enveloppes de graines « afin qu’elles portent heureusement fruit » ; moi-même, aidé de demoiselles costumées, je lui offris la clef symbolique du jardin potager. Après la bénédiction de l’évêque, le recteur coupa le ruban rituel et souleva le drap ciel et magenta aux les couleurs de l’université qui en couvrait l’entrée. C’est ainsi que le jardin potager fut ouvert à l’éjouissance d’une population qui, 409 ans après le réaménagement urbain qui le départit d'abord aux bénédictins, puis à la faculté agricole, put de nouveau en parcourir l’antique voie.

Alors commença la visite guidée à l’ensemble, rythmée par un spectacle itinérant organisé par le chœur de l’université qui, sous la direction du maestro Salvatore Silvestro, exécuta magistralement des passages de la Genèse, des chants sacrés, des tercets de l’Enfer de Dante, le Cantique des créatures, des chants profanes et l’hymne mozartien au soleil. Le grand recteur planta un cyprès, symbole de vie éternelle. Dessous la porte médiévale, les étudiants pérugins en costume l’accueillirent symboliquement à la porte de la cité et lui firent hommage d’un « papyrus » et du chant du Gaudeamus.

Renouvelant à plus de 400 ans de distance le « rite » du passage public à travers la porte médiévale, le grand recteur, à l’aide d’une masse, abattit le mur diviseur entre le jardin potager et le cloître aux étoiles, offrant la vision suggestive des cloîtres de l’ancienne abbaye ; - le tout alors que le chœur universitaire faisait retentir dans les airs les solennels tercets finaux du Paradis. Le chant choral du Gaudeamus conclut la manifestation.

Le jardin potager médiéval s’est ainsi présenté au travers de la splendide porte médiévale qui l’encadre comme document privilégié de 1000 ans d’histoire, comme témoin d’innombrables passants : papes, empereurs, rois, saints mais aussi pèlerins, soldats, commerçants et menu peuple. Mais avant tout, sur la base du patrimoine sacré et spirituel qui fut une constante de la pensée et des gestes de l’homme médiéval, il s’est présenté comme le garant de cette foi et de cet esprit qui l'animèrent et l'influencèrent si profondément dans sa manière de concevoir et d’interpréter la vie.

Je n’ai pas conçu le potager médiéval comme un coffret fermant à clef à ne découvrir qu’à une poignée de proches. Le potager historique est né comme ensemble vivant et vivable avec pour but de reconstituer l'unité harmonique avec l’abbaye dont il fut toujours partie prenante, de conduire de nouveau les Pérugins à déambuler sous les muraille de la ville et à franchir cette porte qui vibra pendant des siècles de ses pulsation civiques, de s’ouvrir enfin à la culture et à la mentalité de tous les peuples, toutes les races, toutes les sphères pour se présenter en qualité d’éducateur universel, dans plus pur et authentique esprit de l’Universitas.

« Le parcours de visite suggérerait-il un voyage dans l’histoire ? » se demandait le grand recteur lors de l’inauguration. « Assurément, bien que peut-être pas tant dans le temps que sur le fil d’une dimension émotionnelle éminemment singulière, personnelle, que chacun est appelé à entreprendre durant la découverte de ce vert lopin de terre, emmuré comme l’était le jardin d’Eden, et le passage de ce jardin à celui de pierre, composé de la forêt de colonnes des cloîtres et des cryptes du monastère. »
Et il ajoutait : « Une histoire nouvelle donc, composée de tant d’histoires, commence pour l’antique jardin qui cesse ainsi d’être refermé sur soi pour s’ouvrir au visiteur bénévole et lui parler un langage neuf, exemplaire de ce que le savoir universitaire peut prodiguer à fin d’enrichissement de l’esprit et de la conscience de tous. »

Et c’est là le point central. La redécouverte conjointe d’une idée et d’un espace vert riche d’histoire et de tradition –, le potager médiéval, justement -, a été le prétexte pour offrir à la jouissance des amateurs de nature et d’histoire, - de culture en plein air aussi, - ayant une prédilection pour les méthodes interdisciplinaires une structure ad hoc. – Et peu importe qu’elle soit orientée historiquement : le principal est de proposer des sujets de confrontation et de discussion franche et ouverte, parce que je suis convaincu que la culture n’a pas de limites spatiales, ni moins encore temporelles.

C’est bien pour cela qu’il serait erroné de penser que le symbolisme et les autres valeurs culturelles repérables dans le potager médiéval, bien que porteurs d’une empreinte sui generis, soient l’expression d’une période historique circonscrite.

Pérouse, 21 mars 1998 – Équinoxe de Printemps.

Alessandro Menghini

mercredi, 15 juin 2005

Avant-scène : la naissance d’une idée, l’importance historique d’un site, la création du potager médiéval (2)

L’histoire millénaire d’un site

Le jardin potager médiéval de l’université de Pérouse se dresse sur un coteau qui fut la première propriété du monastère bénédictin de S. Pietro, à l’endroit même où s’élevait l’ancienne cathédrale. Ainsi ce jardin porte-t-il en lui la forme de jardin monastique. Parce qu’il est annexé à une ancienne abbaye bénédictine qui remonte à l'an 965 et qu’il contient des éléments historiques et architecturaux tels qu’une ancienne voie étrusco-romaine, une porte urbaine datant de 1200, des cloîtres, des vestiges d'œuvres murales et artisanales des bénédictins, c’est certainement un terrain d’intérêt historique.

En l’an 965, l’évêque de Pérouse dut transférer la vieille cathédrale à une petite communauté de moine guidée par Pietro Vincioli, lequel y érigea un monastère et l’église consacrée à Saint Pierre. L’appellation originale du site est incertaine. Il apparaît dans une bulle de 1022 de Benedetto VII sous le nom de M. Complorano (Comploiano) alors qu’un document de Corrado II situe le monastère « prope civitate Perusina in Calvario monte ». En 1045, Grégoire VI affirmait que le monastère fut fondé « in loco qui vocatur Caprarius ».
Ainsi, la première portion de terrain patrimoniale du monastère, et qui fut étroitement liée à son origine comme à son histoire, fut le mont Caprario. Le nom est fortement révélateur de l’usage que reçut l'endroit : alors, il se situait nettement hors la ville, - à près d’un kilomètre de la porte Marzia, c’est à dire de l’enceinte étrusque. C’était probablement une aire passablement dégradée, sans arbres, peu productive, aride, plus propre au pâturage, - comme l’indique le surnom « caparario », - qu’à d’autres usages agricoles. S’il retrouva à l’époque étrusco-romaine une certaine importance, - comme du reste en témoignent des vestiges récemment découverts sous l’église, - à l’époque de la fondation du monastère, il devait être rien de moins qu’abandonné. Mais depuis, mille ans d’histoire l’ont transformé. L’abbaye occupe aujourd’hui une grande partie du coteau, la ville s’est développée et s’est tout incorporé, le mont Caparario est devenu un beau parc arboré (l’actuel Jardin du Fronton) et le réseau des routes a complètement changé.

Le mont Caprario, à des périodes de la vie religieuse, civile et sociale, continue de remplir un rôle important pour la ville de Pérouse, bien que son répertoire ne se borne à ses étroites limites. De fait, des élèves du monde entier viennent ici pour s’approprier cette culture agronomique que les bénédictins pratiquèrent et propagèrent quelque temps avant que les facultés de sciences agricoles ne deviennent une réalité académique. De nombreux citoyens, italiens comme étrangers, ont forgé ici le civisme et le professionnalisme qui leur ont par la suite permis d’occuper partout dans le monde des postes de grand prestige et responsabilités.
Ici viennent aussi en masse des touristes attirés par la millénaire histoire de ce site, la grandeur des structures, les richesses artistiques, l’élégance des cloîtres, la délicate façon des portails, l’ampleur des aperçus panoramiques ou la salubrité du climat.
Viennent ici les Pérugins pour renouveler un acte d’amour et de foi à l’égard du prince des apôtres comme d’un saint local : S. Pietro Vincioli ; pour resserrer ce lien d’affection avec des moines qui, sauf à de rares exceptions, les en ont toujours récompensés par un commerce empreint de charité et d’hospitalité.
Viennent ici les savants pour découvrir dans les pierres, les œuvres et les archives le charme subtil de l’art et de l’histoire, - maîtresse de vie, - et louanger le fruit de l’esprit humain qui a su ici joindre les sommets sublimes du mysticisme, de la théologie et de l’art, non moins que ceux de la science appliquée.
Ici trouve son siège un centre sismologique fameux et doté qui, dans la naturelle continuité de l’esprit bénédictin de son fondateur, enregistre les moindres mouvements de la croûte terrestre.

L’idée de parler du Moyen-Âge par le truchement d’un potager exprès structuré où les plantes sauraient témoigner de la culture de l'époque s’est associée à la fois à mon intérêt pour l’histoire médiévale et à ma passion pour l’architecture romane et cistercienne. Il en résulta la réaffirmation du langage symbolique que l’art médiéval (peinture, sculpture ou architecture) parla d’abondance en employant le vocabulaire de la nature.

dimanche, 05 juin 2005

Avant-scène : la naissance d’une idée, l’importance historique d’un site, la création du potager médiéval (1)

Mû par une affection instinctive, passionnément vécue, pour la nature et l’histoire de l’homme occidental, attiré par la représentation culturelle que véhiculent les plantes, je nourrissais depuis longtemps l’idée de créer un jardin symbolique. J’étais aussi animé du besoin de produire un signe tangible du rapport que l’homme a eu avec le monde, là où un tel rapport a pu être dans l’histoire interprété selon une clé religieuse. Et, suivant une telle interprétation, l’idée de jardin symbolique a fini par coïncider pour une bonne part avec l'idée de jardin monastique médiéval, dont la fonction était double, théomimétique et cosmomimétique.

Bien que jonglant abstraitement avec cette idée - en des termes plus philosophiques que techniques - je songeais que rien n’aurait été beau comme sa réalisation. Défilant progressivement sous les yeux du visiteur, les éléments végétaux auraient été en mesure d’exprimer des allégories secrètes et des symbolismes sophistiqués - un visiteur ainsi placé dans l’obligation de lire dans le grand livre ouvert et désireux d’être interprété de la nature. Car, en définitive, lire la nature n’est qu’une question d’approche et de langage.

Dans cette perspective, l’idée d’un jardin symbolique a aussi largement coïncidé avec celle d’un jardin de l’esprit ; un jardin dont chaque élément aurait été en mesure exprimer la pensée d’une époque et les tentatives d’intéraction de l’homme avec la nature, ceci pouvant aussi bien être le fait de l’homme du commun (on a alors la tradition orale) que de l’homme cultivé, qu'il fût laïc, clerc ou, spécifiquement, si l’on se rapporte au Moyen-Âge, comme je l'entends, moine. Je caressais cette idée en termes très abstraits, convaincu qu’elle était difficilement réalisable.

L’occasion s’est pourtant présentée quand il a été question du réaménagement d’un terrain délabré situé intra moenia et attenant à une ancienne abbaye bénédictine. Un lopin de terre qui fut autrefois un florissant jardin potager et, avant encore, un jardin potager monastique ; une abbaye à l’histoire millénaire sise en en lieu dont la fonction se perdait dans la nuit des temps : c'est ainsi qu'est né, sur ces éléments de fond, comme structure vive, le jardin potager médiéval.

Note

Cardini F., Teomimesi e comomimesi Il giardino come nuovo Eden. In Il Teatro della Natura, IV : 331-354, 1996.

samedi, 28 mai 2005

Le jardin de l'esprit

Voyage parmi les symbolismes d'un potager médiéval.

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Auteur : Alessandro Menghini.
Illustrations : Renato Menguini.
Éditeur : AMP, 1998.
Titre original : Il giardino dello spirito, viaggio tra i simbolismi di un Orto Medievale.