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vendredi, 19 novembre 2004
Anatomie d'un fiasco
Le désir revient, mais pas pour La Polygraphe. L'agacement, la colère peuvent bien animer une plume mais, je le crains, point l'ennui. Aussi, honteux et confus, ai-je reporté sur ma 8ᵉ promise une concupiscence redoublée, puisqu'avec la 7ᵉ je n'arrive à rien. Ma "capacité" serait-elle en cause ? Inconcevable hypothèse… Est-ce sa faute ? Honnêtement, j'incline à le penser…, et même, dans certains cas, j'en suis assuré. Mais soit, je confesse que je n'ai pas l'habitude des dames de ce milieu, la poésie contemporaine, et, somme toute, je ne les comprends guère. Est-ce simplement que nous sommes discordants ? Peut-être aussi.
Quoi qu'il en soit, je livre aux Messaline et aux Casanova de passage le récit de mon plan de bataille et de quelques escarmouches. Cet ouvrage pose en effet un intéressant problème de critique littéraire. Comment juger d'une anthologie, oeuvre de plusieurs mains mais livre néanmoins ? La critique doit porter sur deux niveaux. Le premier, normal, est celui des textes collectionnés, pris individuellement. Le second est celui des textes pris dans leur ensemble : elle doit, si faire se peut, dévoiler leur agencement, dégager leurs éléments communs, leurs points de convergence, leurs liens et leurs synergies. De ce chef, l'introduction d'une anthologie revêt un rôle décisif : c'est elle qui donne le la. Lorsque l'auteur d'une anthologie est une personnalité puissante et originale, du plus grand talent, poète même par surcroît, cela donne L'anthologie de l'humour noir où André Breton met au jour un critère d'une modernité décisive, l'humour noir. L'auteur lui-même écrit en 1966, l'année de sa mort, à propos de ce livre publié pour la première fois en 1939 : "Ce livre […] a marqué […] son époque. Qu'il suffise de rappeler qu'à son apparition les mots "humour noir" ne faisaient pas sens […]. C'est seulement depuis lors que la locution a pris place dans le dictionnaire […]."
Ici, sans démériter généralement, l'introduction de Pascal Boulanger fait une triste impression. Quelque chose de fade, de vieux, de convenu un peu. La doxa fatiguée des rébellions passées. Point de fraîcheur, point d'élan, point d'autorité. Des choses très justes, comme : "On veut qu'il n'existe plus rien d'autre que des opinions individuelles, sans hiérarchie de pertinence et de goût, on refuse tous rapports charnels à la vérité, toutes pensées de la désillusion", mais confondues dans une brume morne et décourageante. Qui s'est accoutumé à placer en la poésie quelques unes de ses plus hautes espérances et ses rages les plus noires ne saurait se contenter de "rinçures". Trop de citations, trop de références, "vieilles énormités crevées". Où est la clairière nouvelle ? Et puis j'aimerais qu'on m'explique une chose - mais alors lentement, car je sens bien que je vais faire des difficultés : comment peut-on faire l'éloge de la poésie, et peut-être même appeler de ses voeux une poésie nouvelle, et emporter dans ses bagages sa plus répugnante antithèse : Philippe Sollers. Il y a là une contradiction fondamentale que mon esprit ne parvient pas à résoudre.
Quant aux poèmes, ce n'est pas que je n'ai en rien été touché, mais je l'ai été peu et faiblement, de sorte que si je devais à mon tour établir une anthologie de cette anthologie, elle tiendrait non pas en quelque 450 pages mais en une dizaine, et si c'étaient là les derniers mots poétiques du siècle passé, alors ce seraient les mots d'un mourant.
NB :
Lecture du livre La Polygraphe N° 17 : Le corps certain (Comp'act, 2001). Ce livre a fait partie de la sélection pour le prix zazieweb de la petite édition 2003-2004, dont j'ai été juré.
07:10 Publié dans 5 Critiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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