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vendredi, 19 novembre 2004

Sandro Botticelli

Singulière figure que celle de Sandro Botticelli ! Si l'on me demandait d'établir une liste de huit ou dix peintres majeurs de la Renaissance, peut-être l'oublierais-je. On dirait qu'il n'a été influencé de personne - même si ses femmes ressemblent aux sublimes Vierges de fra Filippo Lippi - et qu' il n'influença personne. Pourtant, lorsqu'on se rend aux Offices, la presse autour du Printemps ou de La naissance de Vénus n'est guère moins nombreuse que celle autour des toiles de Léonard, de Michel-Ange ou du Titien.
Qu'elle trajectoire également ! Comment le garçon probablement rondouillard (botticelli signifie petit tonneau en italien), jovial, rieur, camarade de Léonard de Vinci, qui l'aimait beaucoup, et qui compta bien vite parmi les peintres florentins en renom est-il devenu à la fin de sa vie cet homme sombre, mélancolique,
dévoré d'anxiété que fascina la violence et le feu prophétiques de Jérôme Savonarole ?
Il est vrai que le peintre n'est pas sans défauts : Léonard lui reprochait la faiblesse de ses paysages, de ne pas savoir la perspective, etc. Pourtant, sitôt qu'on évoque son nom, je m'aperçois qu'il a fixé à jamais pour moi l'image de ces femmes d'une beauté rêveuse, mélancolique, d'une grâce irréelle, et tournoyant sans fin dans un pays d'Arcadie.

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«Surtout, le voyage à Rome, avec les travaux de la Sixtine, péripétie capitale qui atteste la notoriété générale de Botticelli autour de 1480-1482, n'est pas traité comme l'articulation centrale de la carrière et le moment où le style ferme, l'aria virile de Botticelli, est admiré des amateurs.» (André Chastel in Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes de Giorgio Vasari, Berger-Levrault, collection Arts, tome 4, page 256.)
Rien de plus troublant que cet écart de perception entre le Botticelli de la Renaissance, considéré alors comme ferme, viril et le nôtre, tout grâce et élégance.

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