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samedi, 20 novembre 2004

De tout sur "Attends..." [2/2]

attendsjason.4.jpgLa vie adulte de Jon, le personnage principal, est vécue sur fond de culpabilité, témoin et ce que lui dit la fillette dans cette planche où il devient soudain adulte et les paroles qu'il adresse à ce personnage énigmatique que j'appellerai pour faire court, bien qu'assez improprement, l'Ankou. Comme le garçon auquel s'attache Rita dans le film Lovely Rita, j'ai tendance à penser que la fillette qu'il croise à deux reprises représente son enfance et annonce sa fin en deux temps : l'adolescence puis l'âge adulte. J'ai été frappé par cette double planche dans la première partie : la première, où toutes les cases sont noires ; la seconde, en vis-à-vis, où l'on voit seulement des objets de l'enfance. C'est pour moi le passage soudain de l'enfance à l'adolescence. Si cette trouvaille est de Jason, alors je la trouve assez extraordinaire. J'aime bien de ce livre la couverture lisse, souple et élégante ; la police de caractère distinguée aux rondeurs enfantine ; les pages épaisses, cartonnées. J'ai le sentiment que l'auteur et l'éditeur ont étroitement collaboré. Quant au prix (12 euros), disons qu'il est heureux que ce soit une BD "pour adultes" (expression un peu sujette à caution dans mon esprit).
Dans son interview communiquée par l'éditeur, Jason ne parle pas d'Ida Applebroog mais, entre autres, et cela a fait tilt dans mon esprit, de Keaton, Jarmusch et Kaurismaki : il y en effet un air de famille dans ce traitement léger, surréaliste des choses du quotidien. Jason emploie d'ailleurs lui-même ce terme de surréalisme ; on ne peut vraiment lui donner tort bien qu'il soit amusant de voir qu'on en puisse faire en prenant pour base ces "moments nuls de l'existence" dont André Breton ne voulait pas entendre parler. J'ai aimé que l'enfance ne soit pas un âge d'or parce qu'on y fait des choses extraordinaires mais simplement parce que c'est l'enfance. C'est l'enfance qu'il faut sauver, retrouver et c'est faute de cela que Jon perd pied et tombe. (Lorsque dans son cauchemar Jon s'élance pour relever le défi enfantin, ses bras ne croisent que le vide : la branche a disparu, qui devait lui permettre de se suspendre au-dessus du vide - et l'Ankou apparaît et rit). A cet égard, la fin est simple et presque optimiste. Jon sombrait, s'anéantissait (cette planche de cases blanches consécutive à celle de l'enivrement). L'Ankou apparaît à sa table et lui accorde pour trois planches de retrouver cette enfance perdue. Lorsque Jon dans la dernière scène rejoint le car que conduit l'Ankou (qu'on peut considérer comme l'image de la destinée humaine), tous les passagers sont ravagés par la vie, sauf lui, qui a été de nouveau petit enfant pour une après-midi d'été.

NB :
Complément à ma lecture de la bande dessinée Attends… de Jason (Atrabile, 2000). Ce livre a fait partie de la sélection pour le prix zazieweb de la petite édition 2003-2004, dont j'ai été juré.

Commentaires

Aléas du manque de temps et de l'indisponibilité imminente de mon appareil, j'avoue avec honte ne pas avoir lu votre critique dans son intégralité.
Et je persiste honteusement, et pourtant sans trop de scrupules, en m'autorisant à commenter.
Juste un mot.

Persistez.

Dans la lecture de bandes dessinées. Car Zieu sait que c'est un médium extraordinairement riche. Ma connaissance, pour être loin de l'exhautivité, en est supérieure à celle de ma boulangère, et je suis donc toute disposée à vous donner de maigres pistes ou orientations si le goût vous prenait de bifurquer de nouveau dans sa direction.
Déjà, creuser un peu plus la maison Atrabile...

Enfin, ce que j'en dis.

Ecrit par : Zhoul | mercredi, 05 janvier 2005

Merci Zhoul. J'aime la BD, et si je n'en lis plus c'est hélas surtout par arbitrage suite à manque de temps. J'essaierai néanmoins un peu cette année et je suis preneur de tout conseil.

Ecrit par : dondiegodelavega | mercredi, 05 janvier 2005

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