samedi, 01 janvier 2005
Eros distratto
Il y a dans Amado mio une expression qui m'a enchanté : Eros distratto, Éros distrait. Cette idée d'un érotisme insouciant, léger, solaire me ravit. Certes, elle n'est présente dans cette oeuvre de jeunesse de Pier Paolo Pasolini que de façon discontinue - les schémas traditionnels où la culpabilité est si pesante lui livrent combat - mais le motto est là, et c'est bien après et sur grand écran dans sa Trilogie de la vie, trilogie dont j'extraierais particulièrement Les mille et une nuits, qu'il en donnera une magnifique et magistrale représentation. Là, dans une lumière qu'on croirait détournée d'une toile de Vittore Carpaccio, sous le regard gai, acéré et humain du cinéaste, les personnages s'ébattent librement, gaiement, insouciamment. Pasolini a filmé l'amour d'avant la Chute, quand il était un jeu d'enfants.
Bien sûr, ce n'est qu'une des figures de cet insaisissable angelot et il en donna d'autres dans son oeuvre cinématographique. On voit un Eros rivoluzionario dans Théorème, inumano dans Salò ou les 120 journées de Sodome… et même, si j'osais la formule, diabolico dans Les Contes de Canterbury. Ce n'est pas à dire que ses films sont univoques : on y voit les figures du désir alterner, comme dans ce dernier opus avec son étonnant final infernal et sodomitique. Il y a en revanche un Éros que Pasolini ne filma jamais, à ma connaissance, et qu'on ne voit que trop, c'est l'Eros volgare, l'Eros mediocre, l'Eros borghese. Et il est vrai qu'Éros peut bien être terrible, destructeur, inhumain, scandaleux… mais point médiocre : c'est un dieu.
01:40 Publié dans 3 Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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