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dimanche, 13 février 2005
De la valeur de la citation dans le roman
C'est un intéressant problème de critique littéraire que celui de la valeur de la citation dans le roman. Ce problème peut être abordé selon deux critères : l'opportunité et la compatibilité.
S'interroger sur l'opportunité d'une citation, c'est se pencher sur l’intention de l'auteur, qui peut être multiple : rendre un hommage, apporter un éclairage, introduire un décalage, produire un effet, étayer une démonstration, etc. Il n’y a pas de raison a priori de rejeter une ressource dont ont fait usage les meilleurs auteurs, et souvent avec bonheur. Cela fait partie du plaisir de la lecture que ces tapis rouges déroulés à des rois lointains, ces fenêtres improvisées ouvrant sur des paysages ensemble étrangers et familiers, ces mets exotiques et inattendus, ces plantes inconnues savamment disposées, ces grands maîtres invités à prononcer leur savoir… Toutefois, quelque usage qu’on veuille faire de la citation, il reste que, comme dirait monsieur de la Palisse, lorsque vous citez, ce n’est pas vous qui parlez. Or un écrivain, c’est d’abord quelqu’un qui prend la parole ; et je trouve que c’est un signe de tempérament, de santé même, que d’être jaloux de la sienne. Parler en littérature, c’est parler depuis sa singularité ; et si bien des choses ont été dites, nulle part n’est écrit qu’elle l’ont toutes été…, d'autant que personne ne devrait les avoir dites comme vous voulez les dire. Pour moi, je répugne à citer. Je ne m'en trouve point malheureux, ayant ainsi souvent découvert des formules plus justes qu'une paresseuse pédanterie, qu'une admiration ou une modestie mal à propos m'eussent celées. Il n'est pas indifférent de noter que la poésie, qui est création, ne cite que rarement, et pour ainsi dire jamais.
Par la suite, la citation pose le problème, éminemment délicat pour le romancier, de la compatibilité. Pour celui-ci en effet, il ne faut pas seulement que la citation soit parfaitement compatible avec l’idée qu’il veut exprimer (ce qu’on peut appeler une compatibilité de sens), il faut également et surtout qu’elle le soit avec le texte où elle est insérée. Problème redoutable que celui de la compatibilité littéraire ! puisqu’il s'agit rien moins que d'introduire un élément étranger (de ton, de rythme, de coloris…) dans une histoire (comment qu’on l’entende) qui doit avoir la sorte de singularité et de puissante unité du songe ; et si quelquefois, comme cela a été constaté, un événement survenant dans la pièce où nous dormons peut être d'emblée incorporé à notre rêve (quelques gouttes d'un parfum familier répandues sur notre oreiller peuvent faire surgir par une porte inattendue dans notre rêve la femme qui le porte), le plus souvent il nous réveille. La greffe est si délicate, elle exige une oreille et une intelligence des mots si aiguës, que je ne serais pas étonné qu'un bon romancier conseillât de préférer une phrase un peu faible mais personnelle à une belle mais intraitable étrangère. De fait, c'est encore lors des interventions du narrateur ou lors de dialogues que l'opération est la plus aisée.
En somme, d'abord que l'on comprend qu'il faut élargir le cadre d'analyse au texte où la citation est insérée, pour ensuite discuter sa pertinence en termes d'opportunité et de compatibilité, l'analyse critique d'un tel texte ne diffère pas sensiblement d'un autre qui serait tout de la main de l'auteur.
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Commentaires
N'importe qui peut écrire ce qu'il veut, comme il veut et quand il veut. Le "bon goût" et les techniques sont des rajouts purement techniques imaginés par des prétentiards qui veulent faire croire qu'ils sont de "vrais" auteurs, et seuls dignes d'être lus. Mais moi, il n'est pas né celui qui me fera chier avec un roman, surtout "moderne" !
Ecrit par : koan | dimanche, 30 avril 2006
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