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dimanche, 20 février 2005

Remarques sur la race

À la lumière de cette courte histoire du mot race, on voit clairement que la thèse répandue selon laquelle la science rejetterait unanimement la notion de race et qui voudrait par conséquent l'abolir ne tient pas. La science n'a pas le monopole de la vérité (elle n'en dit qu'un des visages), et d'autres disciplines ont aussi légitimement voix au chapitre. Quand même la science serait la seule à pouvoir dire la vérité (et c'est du scientisme), il se trouve qu'en l'espèce, elle ne parle pas d'une seule voix. Les proportions importent peu, c'est un point de vérité, et nous sommes incapables d'en trancher : le constat suffit si l'on sait que dans les deux partis se trouvent des savants de renom et nets de toute compromission raciste.
On voit aussi que cette thèse correspond à un moment donné de l'histoire : le lendemain de la deuxième guerre mondiale. Chose remarquable : c'est précisément dans un temps où la communauté savante voyait clairement dans la glace de l'histoire ses plus de deux siècles d'errements les plus graves ainsi que leurs issues les plus terribles, - une histoire qui, dirait-on, lui intimait une remise en cause de son rôle et de son fonctionnement, - qu'elle paya d'audace, offusqua le miroir, et continua de professer ex cathedra ce qu'il fallait penser comme si de rien n'était. C'est là le plus grave : nous ne sommes de fait peut-être pas plus à couvert aujourd'hui qu'hier. Autant dire qu'il faut redoubler de vigilance intellectuelle et qu'il est moins possible que jamais d'avaler le discours scientifique sans examen.
D'ailleurs, par hygiène intellectuelle, je crois qu'il ne faudrait plus dire la science mais les scientifiques. Ils forment un corps, et comme tout corps, ils visent à leur conservation et à leur expansion. Leur discours n'est pas uniquement un discours de vérité, c'est aussi un discours d'intérêt et de pouvoir. Ce corps est d'autant plus dangereux qu'il a besoin d'argent, et que l'argent est dans les mains économiques et politiques. La science est, par nécessité, liée aux puissances. Du reste, scientifique même est une manière de dire, un raccourci pour dire les hommes qui ont une activité scientifique. Nous les regardons comme d'infaillibles pontifes alors que, pas moins que les autres hommes, ils tâtonnent, errent et se trompent. Voyez le cas de Linné. Son assertion est-elle déduite d'une observation scrupuleuse et significative de la réalité ? J'en doute fort, et je crois même que si par extraordinaire il l'avait produite devant un de ces Noirs qu'on trouve à l'entrée de tant d'établissements, il serait à tout le moins revenu sur "flegmatique"
Il y a enfin une erreur dont il faudrait se prémunir, bien que cela soit très difficile : c'est de croire que nous sommes aujourd'hui dans la vérité de la connaissance et les époques passées dans l'erreur. Il n' y a guère d'époque qui ne pense cela, c'est à dire qu'il n'y a guère d'époque qui ne soit aveuglée d'elle-même.

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