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dimanche, 05 juin 2005

Avant-scène : la naissance d’une idée, l’importance historique d’un site, la création du potager médiéval (1)

Mû par une affection instinctive, passionnément vécue, pour la nature et l’histoire de l’homme occidental, attiré par la représentation culturelle que véhiculent les plantes, je nourrissais depuis longtemps l’idée de créer un jardin symbolique. J’étais aussi animé du besoin de produire un signe tangible du rapport que l’homme a eu avec le monde, là où un tel rapport a pu être dans l’histoire interprété selon une clé religieuse. Et, suivant une telle interprétation, l’idée de jardin symbolique a fini par coïncider pour une bonne part avec l'idée de jardin monastique médiéval, dont la fonction était double, théomimétique et cosmomimétique.

Bien que jonglant abstraitement avec cette idée - en des termes plus philosophiques que techniques - je songeais que rien n’aurait été beau comme sa réalisation. Défilant progressivement sous les yeux du visiteur, les éléments végétaux auraient été en mesure d’exprimer des allégories secrètes et des symbolismes sophistiqués - un visiteur ainsi placé dans l’obligation de lire dans le grand livre ouvert et désireux d’être interprété de la nature. Car, en définitive, lire la nature n’est qu’une question d’approche et de langage.

Dans cette perspective, l’idée d’un jardin symbolique a aussi largement coïncidé avec celle d’un jardin de l’esprit ; un jardin dont chaque élément aurait été en mesure exprimer la pensée d’une époque et les tentatives d’intéraction de l’homme avec la nature, ceci pouvant aussi bien être le fait de l’homme du commun (on a alors la tradition orale) que de l’homme cultivé, qu'il fût laïc, clerc ou, spécifiquement, si l’on se rapporte au Moyen-Âge, comme je l'entends, moine. Je caressais cette idée en termes très abstraits, convaincu qu’elle était difficilement réalisable.

L’occasion s’est pourtant présentée quand il a été question du réaménagement d’un terrain délabré situé intra moenia et attenant à une ancienne abbaye bénédictine. Un lopin de terre qui fut autrefois un florissant jardin potager et, avant encore, un jardin potager monastique ; une abbaye à l’histoire millénaire sise en en lieu dont la fonction se perdait dans la nuit des temps : c'est ainsi qu'est né, sur ces éléments de fond, comme structure vive, le jardin potager médiéval.

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