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mercredi, 29 juin 2005
Avant-scène : la naissance d’une idée, l’importance historique d’un site, la création du potager médiéval (3)
Chronique d’un avènement
Au mois de juin 1995, je proposai au recteur de l’université de Pérouse, le professeur Giuseppe Calzoni, l’idée de réaménager en jardin historique une zone intra muros attenante à l’abbaye bénédictine de S. Pietro. Le recteur accueillit l’idée favorablement et me pria de présenter un projet au conseil d’administration. Investi de la question, le conseil du département de biologie végétale donna le 3 juillet 1995 un avis favorable. La même demande fut renouvelée devant la présidence de la faculté agricole qui s’apprêtait à célébrer son premier centenaire et, le 21 septembre 1995, le comité organisateur de ce centenaire la considéra « digne de la plus grande attention ».
Le 9 janvier 1996, le projet fut de nouveau soumis au conseil d’administration qui, le 23, après examen de la seconde commission, donna son aval avec la décision d’en assumer entièrement la charge financière. L’idée de l’auteur prenait forme ; une idée dont il dirigea également la réalisation. À la fin du mois de mars commencèrent l’aplanissement et l’aménagement du terrain, la répartition des plates-bandes, la normalisation de l’implantation hydraulique et électrique et enfin l’enfouissage des graines des arbres et des plantes.
Le potager médiéval fut officiellement inauguré le 28 septembre 1996 dans le grand amphithéâtre de la faculté agricole – jadis réfectoire du monastère bénédictin – en présence d’un grand nombre de personnalités académiques, civiles et religieuses de Pérouse et d’une foule en tel nombre qu’elle n'y put tenir.
La mise en scène de la manifestation fut préparée dans ses moindres détails. La cérémonie fut ponctuée d’interludes de grand effet scénique : une délégation d’étudiants costumés offrit au grand recteur des petites enveloppes de graines « afin qu’elles portent heureusement fruit » ; moi-même, aidé de demoiselles costumées, je lui offris la clef symbolique du jardin potager. Après la bénédiction de l’évêque, le recteur coupa le ruban rituel et souleva le drap ciel et magenta aux les couleurs de l’université qui en couvrait l’entrée. C’est ainsi que le jardin potager fut ouvert à l’éjouissance d’une population qui, 409 ans après le réaménagement urbain qui le départit d'abord aux bénédictins, puis à la faculté agricole, put de nouveau en parcourir l’antique voie.
Alors commença la visite guidée à l’ensemble, rythmée par un spectacle itinérant organisé par le chœur de l’université qui, sous la direction du maestro Salvatore Silvestro, exécuta magistralement des passages de la Genèse, des chants sacrés, des tercets de l’Enfer de Dante, le Cantique des créatures, des chants profanes et l’hymne mozartien au soleil. Le grand recteur planta un cyprès, symbole de vie éternelle. Dessous la porte médiévale, les étudiants pérugins en costume l’accueillirent symboliquement à la porte de la cité et lui firent hommage d’un « papyrus » et du chant du Gaudeamus.
Renouvelant à plus de 400 ans de distance le « rite » du passage public à travers la porte médiévale, le grand recteur, à l’aide d’une masse, abattit le mur diviseur entre le jardin potager et le cloître aux étoiles, offrant la vision suggestive des cloîtres de l’ancienne abbaye ; - le tout alors que le chœur universitaire faisait retentir dans les airs les solennels tercets finaux du Paradis. Le chant choral du Gaudeamus conclut la manifestation.
Le jardin potager médiéval s’est ainsi présenté au travers de la splendide porte médiévale qui l’encadre comme document privilégié de 1000 ans d’histoire, comme témoin d’innombrables passants : papes, empereurs, rois, saints mais aussi pèlerins, soldats, commerçants et menu peuple. Mais avant tout, sur la base du patrimoine sacré et spirituel qui fut une constante de la pensée et des gestes de l’homme médiéval, il s’est présenté comme le garant de cette foi et de cet esprit qui l'animèrent et l'influencèrent si profondément dans sa manière de concevoir et d’interpréter la vie.
Je n’ai pas conçu le potager médiéval comme un coffret fermant à clef à ne découvrir qu’à une poignée de proches. Le potager historique est né comme ensemble vivant et vivable avec pour but de reconstituer l'unité harmonique avec l’abbaye dont il fut toujours partie prenante, de conduire de nouveau les Pérugins à déambuler sous les muraille de la ville et à franchir cette porte qui vibra pendant des siècles de ses pulsation civiques, de s’ouvrir enfin à la culture et à la mentalité de tous les peuples, toutes les races, toutes les sphères pour se présenter en qualité d’éducateur universel, dans plus pur et authentique esprit de l’Universitas.
« Le parcours de visite suggérerait-il un voyage dans l’histoire ? » se demandait le grand recteur lors de l’inauguration. « Assurément, bien que peut-être pas tant dans le temps que sur le fil d’une dimension émotionnelle éminemment singulière, personnelle, que chacun est appelé à entreprendre durant la découverte de ce vert lopin de terre, emmuré comme l’était le jardin d’Eden, et le passage de ce jardin à celui de pierre, composé de la forêt de colonnes des cloîtres et des cryptes du monastère. »
Et il ajoutait : « Une histoire nouvelle donc, composée de tant d’histoires, commence pour l’antique jardin qui cesse ainsi d’être refermé sur soi pour s’ouvrir au visiteur bénévole et lui parler un langage neuf, exemplaire de ce que le savoir universitaire peut prodiguer à fin d’enrichissement de l’esprit et de la conscience de tous. »
Et c’est là le point central. La redécouverte conjointe d’une idée et d’un espace vert riche d’histoire et de tradition –, le potager médiéval, justement -, a été le prétexte pour offrir à la jouissance des amateurs de nature et d’histoire, - de culture en plein air aussi, - ayant une prédilection pour les méthodes interdisciplinaires une structure ad hoc. – Et peu importe qu’elle soit orientée historiquement : le principal est de proposer des sujets de confrontation et de discussion franche et ouverte, parce que je suis convaincu que la culture n’a pas de limites spatiales, ni moins encore temporelles.
C’est bien pour cela qu’il serait erroné de penser que le symbolisme et les autres valeurs culturelles repérables dans le potager médiéval, bien que porteurs d’une empreinte sui generis, soient l’expression d’une période historique circonscrite.
Pérouse, 21 mars 1998 – Équinoxe de Printemps.
Alessandro Menghini
18:20 Publié dans 7 Traduction | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
Dès qu'un espace vert est "riche d'histoire et de tradition", pour moi, il est défiguré. C'est un peu comme une bête empaillée...Je ne me sens en sécurité que là où il n'y a pas la moindre trace d'humanité; c'est dire comme je me marre dans cette fourmilière mondialisée...
Ecrit par : koan | dimanche, 30 avril 2006
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