dimanche, 24 juillet 2005

Le sens d'un voyage (2)

Le symbolisme


« Le symbolisme n’est pas la logique… La symbologie n’est pas la géométrie, bien qu’elle partage avec elle quelques points communs… C’est plutôt une pulsion vitale, une connaissance instinctive, l’expérience de la totalité faite par l’individu qui naît au drame de lui-même par, concurremment, le jeu complexe et incalculable des innombrables fils qui trament son devenir et celui de l’univers dont il est partie prenante et dont il tire la matière de tout son savoir. »

Lire par symbolismes signifie donc « retrouver cette attitude de spontanéité expérimentale, cette innocence, cet état original qui caractérise le primitif contemplatif dont les yeux écarquillés mettent en communication deux mondes naturels battant au même rythme : son monde intérieur et le monde extérieur. »

Le Jardin de l’esprit est par antonomase le Jardin symbolique. Il s’agit d’un jardin idéal où les plantes, les formes, les nombres, etc., expriment des idées latentes de science, de religion, d’histoire et de mythe. Le professeur Giuseppe Calzoni, en introduction à la première édition du guide du potager médiéval, écrivait : « Il se tromperait celui-là qui attendrait de la rencontre avec le jardin historique une expérience étroitement réglée sur une scansion logique ou chronologique d’événements : le temps remplit ici un rôle moins apparent, bien que toujours essentiel, alors que symbolismes, langages mystérieux et cryptés, harmonies numériques et vertus secrètes prennent corps. Et, dans cette dimension particulière, par son essor de la terre vers le ciel, l’arbre peut s’identifier à l’homme, il peut représenter le péché originel de superbe, devenir l’instrument de la mort à fin de rédemption ou prendre tour à tour des significations de vie, de perfection, de mort, de fécondité, de gloire et de sacralité. D’arcanes architectonies accompagnent dans le potager l’écoulement d’eaux purificatrices ; la proportion que Luca Pacioli appelait divine, parce qu’une, ternaire, quintessentielle et incommensurable aux autres nombres finis, règle l’entrelacs des aires selon des canons de beauté harmonique déjà connus des Grecs alors que surviennent les plantes astrales appariées aux signes du zodiaque, les pierres rares, les herbes merveilleuses dont on extrait les simples ainsi que celles quotidiennement présentes sur nos tables comme aliments de base ou compléments aromatiques. »

Le potager médiéval représente la tentative d’exprimer ces idées par le truchement de la végétation. C’est pourquoi il est une structure atypique au regard de la conception habituelle du jardin : il doit nécessairement être « lu » pour être interprété. L’on redécouvre ici pour une bonne part la signification primitive du potager monastique, étant donné que le Moyen-Âge fut une période historique empreinte de religiosité jusque dans la routine quotidienne. Aussi trouve-t-il historiquement sa correspondance dans l’hortus conclusus des monastères : un jardin circonscrit, reclus dans une frontière de murs, qui parfois, en plus d’être une structure de subsistance abondante en fruits et en remèdes (pour peu qu’il soit discrètement entretenu, selon la parole biblique : « tu vivras à la sueur de ton front »), pouvait s’élever à la représentation miniature et symbolique du jardin des jardins, le Paradis terrestre.

Ainsi, quoique ne s’écartant pas de certains principes canoniques de l’architecture verte, le Jardin de l’esprit, en s’incorporant des éléments étrangers au jardin classique – éléments toutefois liés à l’esprit et à l’activité des hommes de l’époque -, réalise en tirant avantage d’une structure existante le concept de jardin monastique médiéval.

Commentaires

Fort intéressant, Don. Intellectuellement excitant et spirituellement nourrissant. Après cela, on maintiendra que l'homme du moyen-âge était une bête...
Bien à vous.

Ecrit par : OrnithOrynque | mardi, 26 juillet 2005

Merci OrnithOrynque de votre commentaire, que je prends comme un encouragement pour cheminer sur cette longue et difficile "via verde e mistica".

Ecrit par : Don Diego | samedi, 30 juillet 2005

Lecture anagogique ou lectio divina... Hum... La seule manière de lire en vérité.

Ecrit par : koan | samedi, 29 avril 2006

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