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dimanche, 07 août 2005
Il Genio
"Les influences célestes peuvent faire pleuvoir des dons extraordinaires sur des êtres humains ; c'est un effet de la nature, mais il y a quelque chose de surnaturel dans l'accumulation débordante chez un même homme de la beauté, de la grâce et de la puissance : où qu'il s'exerce, chacun de ses gestes est si divin que tout le monde est éclipsé et on saisit clairement qu'il s'agit d'une faveur divine qui ne doit rien à l'effort humain. Tel fut Léonard de Vinci ; sa beauté physique défiait tout éloge ; dans le moindre de ses actes résidait une grâce infinie. Son talent si complet et si puissant lui permettait de résoudre aisément toutes les difficultés qu'abordait son esprit. Sa force physique considérable était unie à l'adresse, et l'ardeur de son âme le portait toujours à une royale magnanimité. Sa renomée s'étendit tellement que, tenu en haute estime de son vivant, il connut une gloire plus grande après sa mort. Ce fut vraiment un être admirable et céleste que Léonard, fils de Piero da Vinci…"
Giorgio Vasari, Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, éditions Berger-Levrault , collection Arts, tome 5, page 31.
Je revenais d'un assez long périple en Italie qui m'a vu traverser Bologne, Ravenne, Rimini, Saint-Marin, Modène, Parme et que je terminai par une de ses villes que j'aime le moins : Florence. - Mais il me fallait voir au musée des Offices l'Annonciation de Léonard, dont la perfection me laissa troué plus de trois semaines. Retour à Paris donc, au début de l'année, je fis la connaissance d'une jeune femme charmante et cultivée, Italienne de passage à Paris, vivant à Venise et native de... Vinci. Comment douter des dieux ?
- Allora sei un genio ! lui dis-je, ce qui la fit rire.
Je lui faisais la relation de mon voyage, non sans exhaler ma mauvaise humeur d'avoir observé qu'à Florence, il n'y en avait encore que pour Michel-Ange, qui possède place, statue, avenue… tandis qu'"il nostro carissimo Leonardo" ne disposait guère que d'une rue anonyme et excentrée. Puis je lui demandai, un peu naïvement peut-être, comment les deux hommes étaient perçus en Italie. Après qu'elle m'eut déroulé les différents dons exceptionnels de Michel-Ange Buonarroti, que je ne cache pas que j'écoutai d'assez mauvaise grâce, elle en vint à Léonard de Vinci et, avec une ravissante expression où se rencontraient l'émerveillement, l'affection, l'admiration et comme de la fatalité, elle dit : "Ma, Leonardo è Il Genio !"
18:40 Publié dans 6 Textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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